Pourquoi un orchestre dans un lycée ?

Lycée David d’Angers fut un des vingt premiers lycées impériaux créés en France par Napoléon. Il ne portera le nom de l’artiste local Jean David dit « David d’Angers » qu’en 1888. En 1806, il participe de l’aspiration républicaine de fournir à la France ses futurs cadres. Les humanités y sont enseignées, l’internat est la règle pour les garçons qui le fréquentent.

Deux-cent-six ans plus tard, le Lycée David d’Angers et le Collège qui le jouxtent sont inscrits dans le paysage éducatif national, géographique et culturel angevin. Cet ensemble relève au quotidien, le pari de la meilleure réussite pour chacun de ses élèves. Lycée d’enseignement général, sa vocation n’est plus de créer des élites. Pour autant les résultats de ses élèves ne déméritent pas des bons scores nationaux.

Dans ce cadre, par la conjonction de facteurs favorisants, un orchestre a vu le jour au sein du Lycée David d’Angers.

L’héritage d’une tradition éducative musicale.

Le lycée et collège David d’Angers comptent dans leurs archives iconographiques trace d’activités artistiques. L’internat les favorisait depuis longtemps sans doute. Un orchestre est photographié probablement au début du vingtième siècle. Plus récemment une chorale se produit sous la direction de Mireille Patroi dans les années 1970. C’est son successeur en 1983, Jean Jo Roux, professeur agrégé de musique, qui donnera à la pratique musicale interne, un autre visage.

De l’éducation musicale à la musique dans le lycée.

Jean Jo Roux, comme ses prédécesseurs sans doute, ne conçoit pas la musique dans un établissement scolaire, comme une seule occupation ludique, comme un supplément d’âme ou une activité de pure loisir. La musique est matière à éducation.

Certes, l’éducation musicale est un enseignement présent dans l’établissement. Au collège, comme dans tous les collèges, elle est obligatoire. Au lycée David d’Angers, elle devient une option pour les lycéens qui veulent présenter cette discipline facultative au bac. La discipline a donc une composante institutionnelle reconnue. Pourtant s’agit-il de musique au sens où on l’entend en dehors de l’Éducation Nationale ? Pas si sûr.

C’est bien pour cela que les professeurs de musique lancent des activités de production artistique en marge de leur cours.

Le pari de Jean Jo Roux vient de ce constat. Intéresser des élèves en capacité à jouer de la musique pour la produire, la donner, bref la faire vivre dans l’établissement scolaire.

Une opportunité historique.

Tout de suite Madame Marceau, proviseure du Lycée David d’Angers, saisit l’opportunité du projet de Jean Jo Roux : la création d’un orchestre symphonique au lycée David d’Angers. Les professeurs de musique ne reçoivent pas de formation de chef d’orchestre dans l’éducation nationale. C’est une activité difficile qui n’a rien à voir avec le métier de professeur de musique. Alors si Monsieur Roux qui semble avoir des dispositions et une belle envie veut se lancer, créer un orchestre, n’y a-t-il pas là une opportunité éducative, une chance pour les élèves ? Madame Marceau donne le  feu vert. Plus elle lance un défi à Jean Jo Roux : monter un orchestre symphonique de même ampleur que celui du lycée allemand partenaire de jumelage le Grafstaufenberg Gymnasium d’Osnabrück.

La mise en évidence d’un ressort éducatif.

L’expérience aurait pu s’arrêter là si l’initiative ne portait pas en elle un formidable ressort éducatif. Les récits du fonctionnement des orchestres dans les écoles européennes ou ailleurs dans le monde ne surprendront pas ceux qui les connaissent. Leurs valeurs éducatives sont reconnues. Mais en France le pari est osé. L’Éducation Nationale n’a pas fait du Lycée David d’Angers un établissement de formation musicale. Il ne l’est d’ailleurs toujours pas. Il n’a pas vocation à former des élèves qui s’inscriraient dans un devenir d’une telle formation.

Pourtant l’Orchestre du lycée David d’Angers à partir de 1983 met en évidence bien des vertus éducatives. Les élèves qui le fréquentent apprennent ailleurs la pratique musicale. Pourtant c’est bien au sein de l’Orchestre qu’ils cultivent le « vivre ensemble ». L’inter culturalité joue d’abord de façon interne. On cherche à se comprendre entre jeunes, on s’épaule, on se soutient. Et puis l’orchestre prend un envol artistique le projet le porte à sortir des murs. Il se produit dans la ville, le département. Bientôt il rend visite en homologue à l’orchestre du lycée d’Osnabrück, puis parcourt la planète. Pour parvenir à ceci les élèves se dépassent, s’organisent et leurs parents avec eux, c’est la fondation d’une association. L’OLDA est plus qu’un club, mais ne peut atteindre officiellement celui d’enseignement.

D’une action « laboratoire » à un axe éducatif.

De façon pragmatique, les différents proviseurs -dont aujourd’hui Monsieur Boucher qui sait porter ce projet- les décideurs de l’éducation se sont bien aperçus du formidable laboratoire éducatif que constitue l’orchestre.

C’est d’abord un vecteur de formation. La pratique de l’instrument dans un orchestre symphonique écrase l’image conservatrice que des observateurs lointains pourraient lui donner. Les centaines d’élèves qui l’ont fréquenté sont les témoins de cette observation que nous devons à Kodaly déjà dans les années 1970 : la pratique de la musique en particulier est un accélérateur de réussite scolaire en général.

L’orchestre du Lycée David d’Angers lancé sans présupposé théorique, accrédite de façon resplendissante cette idée. De façon intuitive donc, sa place s’est vue maintenue, confortée pour être aujourd’hui un des axes éducatifs de son lycée.

C’est ensuite un modèle d’intégration des usagers. Combien d’activités dans les établissements scolaires s’ouvrent en dehors de leurs murs comme l’Orchestre du lycée David d’Angers le fait ? Traditionnellement les lycées français furent longtemps frileux à l’idée d’associer les usagers (les parents entre autres) à la pratique pédagogique.

Pourtant des textes récents (août 2008) formalisent la participation des parents d’élèves. Bien avant, dès 1983, une association est créée pour gérer et supporter l’Orchestre du Lycée. Dans sa forme, elle répondait avec 25 ans d’avance à ce texte réglementaire. Aujourd’hui grâce à une convention cadre signée entre le Proviseur et le Président de l’Association, l’orchestre a une géométrie bicéphale, claire et efficace. Le lycée « fournit » les locaux, le professeur, les élèves, l’autorité morale de l’établissement scolaire.

L’association fédère les élèves et leurs parents. Elle « fournit » les enfants, les moyens financiers, elle organise la vie matérielle de l’orchestre en particulier la tournée et les concerts, elle s’engage à respecter l’objet moral d’un établissement républicain d’éducation. Le Président est un parent d’élève de musicien. Il est élu. C’est actuellement Monsieur Philippe Bonnette. Il siège au conseil d’administration du Lycée. Le Proviseur, est actuellement Monsieur Jean-Marie Boucher. Il est Président d’Honneur de l’association OLDA.

D’une opportunité éducative à un outil de formation d’avenir.

Les acteurs de cette aventure ont bien compris, même intuitivement, l’intérêt que pouvait présenter cette initiative, finalement éducative. C’est une vraie opportunité pour les élèves qui pratiquent un instrument ici ou là, à leur niveau, que de le transporter « sans frais » dans le cadre de leur formation. Sans frais parce que cette formation (au sens double du terme) n’est pas évaluée par une notation traditionnelle. Mais ce n’est pas sans coût pour l’élève.

Celui-ci doit en effet investir de son temps en travail personnel, répétitions, temps de concerts, déplacement en stages ou en tournées. Et qui peu le plus peut le moins. Depuis 30 ans et pas moins de 750 élèves qui l’ont fréquenté, c’est cent pour cent de réussite au bac qui accompagne cette activité.

La continuité de l’œuvre au delà des personnes.

Le risque pour une telle structure est bien qu’elle ne survive pas à son fondateur. Idée géniale peut-être, mais idée portée quand même par un personnage.

Puisque tant de vertus son reconnues à l’OLDA, l’Institution scolaire, l’association se penche dès 2006, sur la succession annoncée de Jean Jo Roux.

C’est Jean François Mialot, professeur certifié d’Éducation Musicale qui est désigné. Il bénéficie alors d’heures qui sont rémunérées par l’Éducation Nationale. Il est par ailleurs professeur dans deux collèges voisins.

Jean François Mialot succède à Jean Jo Roux en septembre 2007. Il reste 6 années scolaires le directeur musical de l’OLDA.

A la rentrée 2013, Thierry Rose lui succède. Thierry Rose est le premier chef d’orchestre professionnel de l’OLDA. Il affiche une carrière entière dédiée à la direction d’orchestres. Il a un statut de contractuel auprès du lycée.

Ainsi l’OLDA a pu montrer qu’au delà des directeurs musicaux, des proviseurs, des présidents, l’œuvre asseyait sa pérennité.

Philippe Bonnette, Président (2007-2015)